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Pierre Pradinas

  • "La Cantatrice Chauve" avec Romane Bohringer

    THEATRE

    Création : La première se joue en octobre 2016 à Annecy

    La Cantatrice Chauve est la première pièce d’Eugène Ionesco. Il la qualifie de « théâtre de dérision » et la sous-titre « anti-pièce ». L’idée lui est venue après avoir appris l’anglais avec la méthode Assimil : des phrases courtes, décousues, des clichés, le tout donnant un dialogue totalement loufoque. Le titre initial L’Anglais sans peine, est remplacé par La Cantatrice Chauve à la suite du lapsus d’un comédien lors d’une répétition. Le comédien qui jouait le pompier transforma « institutrice blonde » en « cantatrice chauve ». Et pour conforter l’absurdité de la situation, il ajouta : « Une des raisons pour lesquelles la Cantatrice Chauve fut ainsi intitulée, c’est qu’aucune cantatrice, chauve ou chevelue, n’y fait son apparition. »

    Difficile de résumer l’histoire. Comme le signifie Pierre Pradinas « Vous allez voir une pièce qui n’en est pas une. Non seulement ça, c’est une pièce qui s’oppose à toutes celles écrites jusque-là… » Expliquons le contexte : Monsieur et Madame Smith reçoivent les Martin à la maison… Ils parlent de choses et d’autres. Situation banale. Mais celle-ci va déraper.

    Pour le metteur en scène, « Plus qu’une satire du conformisme, Ionesco fait la « comédie de la comédie », selon sa propre expression. Et c’est réjouissant : il ne nous accable pas, il partage avec nous l’absurdité de nos postures, il nous fait rire de nous-mêmes et ce n’est pas désespérant parce que, grâce à lui, on se comprend mieux, et on est pris d’une furieuse envie de réagir. »

    Du théâtre d’étonnement

    Pour la petite histoire

    Emblématique du théâtre de l’absurde, cette création est mise en scène par Nicolas Bataille en 1950. Pour lui le point de départ de la pièce est « un couple qui n’a plus rien à se dire après vingt années de mariage, un autre qui ne se reconnaît plus.» Propos futiles, saugrenus, incohérents sont échangés. Elle est présentée pour la première fois dans une petite salle du quartier latin, au Théâtre des Noctambules, le 11 mai 1950 à 18h. Très mal accueillie par le public et la critique, la pièce est arrêtée après vingt-cinq représentations.

    Lors d’une reprise le 16 février 1957 au Théâtre de La Huchette à Paris, la pièce connait enfin le succès. Et quel succès. Elle détient le record de longévité: elle est jouée dans cette salle de spectacle depuis 1957.

    Note de Pierre Pradinas – metteur en scène

    Ce qui est drôle dans cette œuvre, c’est déjà son sous-titre, « anti-pièce » : d’après l’auteur, vous allez donc voir une pièce qui n’en est pas une, et non seulement ça, mais une pièce qui s’oppose à toutes les pièces écrites jusque-là… Et le fait est, les tentatives infructueuses trouvées sur internet le montrent : « La Cantatrice Chauve » ne se résume pas.

    Monsieur et Madame Smith reçoivent les Martin à la maison… Tout est anglais dans cette histoire, les gens, la pipe, le fauteuil, le journal, jusqu’au dix septième coup de la pendule… Même le silence est anglais prévient l’auteur. Mais Ionesco, qui a eu l’idée de la pièce en apprenant justement l’anglais par une méthode bien connue écrit dans ses mémoires « si j’avais voulu et n’avais pas réussi à apprendre l’italien, le russe ou le turc, on aurait pu tout aussi bien dire que la pièce résultant de cet effort vain était une satire de la société italienne, russe ou turque ».

    Les Smith, donc, reçoivent les Martin à la maison… Ils parlent de choses et d’autres sans rien échanger de personnel, on pense d’abord à une comédie de boulevard, une pièce intimiste à thèse, et puis cela dérape… C’est cette situation à la fois banale et universelle que choisit Ionesco pour finalement écrire une des pièces les plus comiques du XXème siècle. Pourtant, les Smith et les Martin, ces « braves bourgeois » vivent un profond malaise. Ce qui fait ici la matière du comique n’est pas drôle, c’est l’inspiration angoissée de l’auteur, sans artifice, sans truc et sans blague, si proche de nous, qui nous amuse.

    C’est la critique des conventions théâtrales quelles qu’elles soient, des dialogues naturalistes, des petites morales… Plus qu’une satire du conformisme, Ionesco fait la « comédie de la comédie », selon sa propre expression. Et c’est réjouissant : il ne nous accable pas, il partage avec nous l’absurdité de nos postures, il nous fait rire de nous-mêmes et ce n’est pas désespérant parce que grâce à lui, on se comprend mieux, et on est pris d’une furieuse envie de réagir.

    Le théâtre de Ionesco n’a pas pris une ride. La case « absurde » nous a souvent fait ranger son œuvre au rayon de l’extravagance: si c’est absurde, alors tout est possible, on peut tout dire mais ça ne veut rien dire. Or, le théâtre de Ionesco, c’est tout le contraire, il dit sans dire, il fait comprendre à la manière d’un tableau de Magritte, on est frappé par l’évidence de ce qu’il dépeint.

    Au mot « absurde », Ionesco préférait celui d’« étonnement ». Ce qui est absurde, en effet, ce n’est pas son théâtre, c’est le monde qu’on découvre dans le miroir qu’il nous tend : le nôtre. Et ce reflet ne vieillit pas. Mieux, il se réincarne au gré des métamorphoses de nos sociétés, et sous nos yeux étonnés, les Smith et les Martin continuent d’échanger des banalités sur leur radeau dérivant dans la houle…

    Cette pièce emblématique est un élément essentiel dans mon parcours de metteur en scène, je n’ai cessé d’y penser, de m’y référer dans ma pratique du théâtre. D’abord elle est une interrogation sur la raison d’être de la représentation elle-même, ensuite elle ouvre de nouvelles perspectives narratives et enfin, elle abolit la frontière traditionnelle entre tragique et comique. Depuis que je l’ai découverte, à mes débuts, je ne supporte rien au théâtre qui soit dénué d’humour ou d’une connivence avec le spectateur.

    Pour monter un texte tel que La Cantatrice Chauve, j’ai réuni des acteurs très concernés et capables de travailler dans un esprit de troupe. C’est un nouveau registre pour Romane Bohringer avec qui nous réaliserons notre 8ème collaboration depuis 2002. Le rôle de la musique sera important dans mon approche de la pièce, c’est pourquoi elle sera composée spécialement pour ce projet.

    Distribution

    Metteur en scène : Pierre Pradinas

    Comédiens : Romane Bohringer (Mme Smith), Aliénor Marcadé-Séchan (Mme Martin), Matthieu Rozé (M. Martin), Stéphan Wojtowicz (M. Smith) et Julie Lerat-Gersant (Mary, la bonne), Christophe Garcia (le Capitaine des pompiers)

    Scénographes : Orazio Trotta et Simon Pradinas

    Assistant à la mise en scène : Aurélien Chaussade

    PRODUCTION DELEGUEE : Compagnie La Chapeau Rouge

    COPRODUCTION : Théâtre de l’Union – Centre Dramatique du Limousin, Bonlieu Scène National Annecy, Acte 2, La Passerelle – Scène nationale de Saint-Brieuc, Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy-Lorraine

    Zoom sur...

    Pierre Pradinas

    Il crée la compagnie du Chapeau Rouge en 1978 à Avignon avec un groupe de comédiens dont Catherine Frot, Yann Collette, Thierry Gimenez, Alain Gautré, Jean-Pierre Darroussin… Il choisit et met en scène les pièces qu’elle produit. Baptisé du nom d’une rue d’Avignon où une salle de danse transformée en théâtre accueille ses créations, le collectif se fait connaître en France et à l’étranger.

    De 1985 à 1987, Pierre Pradinas dirige le Centre Dramatique Régional de Picardie. De 1992 à 1998, le Chapeau Rouge est en résidence au Théâtre La Piscine de Châtenay-Malabry. De 2002 à 2014 Pierre Pradinas est directeur du Théâtre de l’Union, Centre Dramatique National du Limousin. Passionné par le travail avec les comédiens, il s’investit également dans la transmission.

    Il est ainsi à l’origine de la création de l’école du Passage avec Niels Arestrup en 1990. De 1995 à 1997, il enseigne l’art dramatique à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt). De 2002 à 2014, parallèlement au Théâtre de l’Union, il dirige l’Académie, École Supérieure Professionnelle de Théâtre du Limousin.

    Eugène Ionesco

    Auteur dramatique et écrivain français d’origine roumaine, Eugène Ionesco (1909- 1994) est le fondateur de ce que l’on a appelé le « théâtre de l’absurde ». Ses premières pièces, ou plutôt « anti-pièces », dépourvues d’action, s’attachent à déstructurer le langage, symbole de l’aliénation, voire de l’exclusion. Bien que revenu à un langage plus classique dans la seconde partie de son œuvre, Ionesco continue à témoigner de son « étonnement d’être », dénonçant la matérialité de cette vie terrestre qui détourne l’homme de sa quête spirituelle.

    Opérant une fusion constante entre le comique et le tragique, mêlant de manière très subtile l’humour à une profonde désespérance, il invente un théâtre où le non-sens et le grotesque aboutissent au fantastique.

    Après des débuts difficiles, où ses premières pièces se jouent devant des salles vides, vient la reconnaissance internationale et son théâtre, plus particulièrement La Cantatrice chauve, Les Chaises, Rhinocéros et Le Roi se meurt, est traduit dans toutes les langues.

    Très impliqué dans la lutte pour les droits de l’homme, il publie des chroniques et parcourt le monde. Durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, il s’adonne à la peinture, thérapie contre la dépression. Avant-gardiste mais publié de son vivant dans la bibliothèque de la Pléiade, Satrape du Collège de Pataphysique et membre de l’Académie française, clown et mandarin, Ionesco aimait à déstabiliser et demeure une personnalité complexe à l’image de son œuvre.

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