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Collectif Travaux Publics

  • « J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin »

    THEATRE

    Souvenez-vous de l’émission télé « Strip-tease » !

    Adapté du récit autobiographique « Spoutnik » de Jean-Marie Piemme, par Virginie Thirion et Philippe Jeusette, cette pièce raconte l’émancipation d’un homme au regard de l’évolution et de la transformation de son histoire ouvrière et familiale.

    C’est un voyage du côté intime des souvenirs et qui a pour cadre le territoire le plus commun de l’espace familial : la cuisine. L’homme remonte ainsi le cours de son histoire : de sa naissance à la perte de ses parents, de son enfance à son premier salaire, la maison sans grâce, le boudin, la mère à ses fourneaux, le père rentrant de l’usine de Seraing en Wallonie, les oncles, les tantes, les Saint-Nicolas, l’école… À mesure que le repas se prépare et que les ingrédients se marient et fondent, petites et grandes histoires se mélangent, avec jubilation, tendresse et humour. Une évocation tonique qui nous donne à revivre la réalité sociale et économique de la seconde moitié du 20ème siècle en Wallonie. Le tout ponctué de phrases en patois.

    Tout ce qu’il raconte est-il vrai ou faux ? Qu’importe. A travers ses propos, les odeurs, les images et les bruits, c’est l’évocation d’une jeunesse au « pays de l’usine » qui s’esquisse et c’est l’histoire d’un homme d’aujourd’hui qui se dessine. Les émotions et les souvenirs surgissent comme les signes toujours vivants d’un héritage aussi bien inné qu’acquis.

    Raconter le passé, c’est forcément et d’une certaine manière le réinventer. Sur scène, Eric Ronsse, musicien, donne vie à l’image du père. Claire Bodson incarne la mère et Philippe Jeusette est le narrateur et joue tous les autres personnages. Les décors, les accessoires, la musique, les images apportent ce qu’il faut de réel pour ouvrir notre imagination et nous transporter dans le temps. Ce n’est pas une pièce nostalgique, ni donneuse de leçon. Elle est joyeuse et elle renvoie à des émotions, tout simplement !

    Un spectacle d’une belgitude absolue. On va chanter, on va rire et surtout passer un excellent moment !

    DISTRIBUTION

    Adaptation et réalisation : Philippe Jeusette, Virginie Thirion

    AssistanatTawfik Matine 

    Comédien : Philippe Jeusette, Éric Ronsse, Claire Bodson

    Composition musicaleÉric Ronsse

    Scénographie : Sarah de Battice

    Costumes : Elise de Battice

    Réalisation des images : Bob Jeusette, Tawfik Matine

    Création lumièreEric Van Den Dunghen

    SOUTIEN : Conseil de l’Aide aux projets théâtraux et du Théâtre VARIA.

    « Spoutnik » paraît en 2008 dans la nouvelle collection « Rivière de Cassis », lancée par la Maison d’Édition Aden.

    Zoom sur...

    Note de la réalisatrice, Virginie Thirion, du collectif belge Travaux Publics

    Philippe Jeusette est à l’origine du projet. Il apprécie particulièrement « Spoutnik » et en a fait part à Jean-Marie Piemme. Conjointement, ils ont fait une première sélection du texte, puis se sont tournés vers moi. Philippe et moi avons travaillé à partir de cette première sélection. […] J’ai fait appel à Éric Ronsse avec qui j’aime travailler. Lors de cette soirée, malgré le peu de répétitions que nous avions eues, il s’est passé quelque chose : le contact du texte et de la musique, la présence de Philippe et celle d’Éric… […] En arrière-plan du projet, nous ne pouvions ignorer l’actualité des usines, d’Arcelor Mittal… Il existe une sorte de fin programmée de ce monde-là, inéluctable et révoltante. Jean-Marie exprime très bien cette idée à la fin de « Spoutnik » : « Une fois que je ne serai plus là pour attester leur existence, ceux-là basculeront dans l’univers des fictions possibles. » Tout ceci a alimenté la réflexion. Si urgence il y a, il nous semble important de dire que les ouvriers ne sont pas seulement des gens qui se plaignent parce qu’ils sont en train de perdre leur emploi. C’est tout un pan de l’Histoire, de leur histoire, qui est en train de disparaître. Cette partie du projet a été élaborée de manière intuitive. Elle a fait son chemin à travers le texte et notre propre sélection. […]

    Le travail d’adaptation (de Spoutnik) en tant que tel a plutôt eu lieu dans les choix des textes, leur agencement, mais aussi dans le rééquilibre entre ce qui appartient à l’histoire familiale et ce qui appartient à quelque chose de l’usine à travers l’histoire parentale. […]

    J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin ? Pourquoi ne pas avoir gardé le titre original ? Tout simplement suite à une réaction d’un ami qui trouvait que ce titre n’évoquait plus grand-chose à la jeunesse. C’est quoi Spoutnik ? Nous avons partagé cet avis et avons fait appel à un titre ancré dans le matériel, le quotidien, un titre évocateur, qui ne soit ni nostalgique, ni romantique et encore moins revendicateur. Ce titre, aussi prosaïque soit-il, doit nous mettre les pieds dans le concret des choses. Le titre, c’est déjà l’affiche et ce titre-là, en l’occurrence, prend toute la place sur l’affiche ! On ne voit que lui. Quand on le lit, on se fait tous une image. Je voulais que l’énoncé raconte déjà quelque chose. Résolument, ce titre parle aux gens, que l’on aime ou pas le boudin ! […]

    C’est un souvenir joyeux (cette pièce) ; joyeux dans l’évocation et joyeux dans ce qui se passe sur le plateau entre les interprètes. Loin de nous l’idée de faire une évocation nostalgique, misérabiliste ou plaintive. Il ne s’agit ni de donner une leçon que tout le monde connaît, ni de dire que c’était mieux avant. Nous voulons montrer qu’ils ont vécu de cette manière, avec cette chaleur-là, qu’ils menaient cette vie-là. Il est, par exemple, raconté dans le texte que tous les quinze jours, les femmes récupéraient la paie de leurs maris et ne leur laissaient qu’un seul billet afin qu’ils ne dépensent pas tout l’argent du ménage au café. Non que tous les ouvriers fussent des alcooliques, mais parce que « la vie en usine donne soif » et qu’il était courant de se relaxer entre camarades autour d’un verre, après une longue journée de travail. Nous aimerions recréer, redonner vie chez le spectateur, quel qu’il soit, à des émotions de son passé. Et plus largement évoquer cette question « Quel rapport entretenons-nous avec le passé ? »

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